NOMAD - Nutrition à domicile : un partenaire clinique au service du médecin traitant·e
NOMAD - Nutrition à domicile : un partenaire clinique au service du médecin traitant·e
À NOMAD, trois diététiciennes accompagnent les client·es à domicile dans différentes problématiques nutritionnelles, en collaboration étroite avec les médecins et les autres professionnel·les de santé. Leur expertise ne se limite pas au contenu de l’assiette : intervenir au domicile permet de prendre en compte les habitudes alimentaires, l’environnement, les difficultés du quotidien et les ressources de la personne. Une approche globale qui fait de la nutrition un véritable complément à la prise en charge médicale.
Dans cette interview, Nathalie Brodu, diététicienne chez NOMAD, nous explique concrètement dans quelles situations faire appel à une diététicienne, comment s’organise la collaboration avec les médecins et ce que l’intervention à domicile apporte à la prise en charge nutritionnelle
1. Aujourd'hui, dans quelles situations un médecin devrait-il penser à solliciter un·e diététicien·ne ?
Concrètement, dans toutes les problématiques nutritionnelles prises en charge par la LAMal et précisées dans le formulaire de prescription spécifique. Dans la plupart des cas, quelques consultations suffisent pour renseigner, conseiller et accompagner les changements d’alimentation attendus.
En 2025, 80 % des 673 consultations réalisées concernaient le suivi de personnes souffrant de dénutrition (donnée provenant du Rapport Annuel 2025 de NOMAD).
2. Quels bénéfices observez-vous lorsque la prise en charge nutritionnelle est mise en place précocement ?
Dans les cas de dénutrition, par exemple, une intervention précoce permet de limiter le plus possible les risques et les impacts liés à la perte de poids involontaire. En tant que professionnel·les de la santé, nous travaillons selon le processus de soins nutritionnels1 qui comprend quatre étapes clés : l'évaluation nutritionnelle, le diagnostic nutritionnel, l'intervention nutritionnelle et la surveillance et évaluation des objectifs discutés avec la personne.
Dans la plupart des cas, nous commençons par conseiller des changements alimentaires basiques, comme fractionner et enrichir les repas.
Le recours à une assistance nutritionnelle sous forme de suppléments nutritifs oraux ou d’alimentation entérale s’impose en cas d’échec des conseils initiaux. Dans tous les cas, cette assistance nutritionnelle se discute avec le ou la bénéficiaire et doit être prescrite par le médecin. Nous argumentons nos propositions nutritionnelles auprès des médecins avec nos rapports et par la suite, nous accompagnons et mesurons les mesures mises en place.
3. Beaucoup de client·es souhaitent rester à domicile le plus longtemps possible. En quoi la nutrition contribue-t-elle à cet objectif ?
Pour vieillir le mieux possible, plusieurs facteurs, dont l’alimentation, l’activité physique et une bonne intégration sociale sont déterminants.
En s’alimentant au plus près de leurs besoins spécifiques, les personnes âgées mettent tout en œuvre pour éviter la fragilisation avec le cercle vicieux de perte de masse musculaire (sarcopénie), qui entraîne un état de fatigue, une réduction de l’activité physique et des apports alimentaires.
4. Quelles informations recueillies au domicile peuvent être utiles au médecin pour enrichir sa prise en charge ?
Le fait d’intervenir au domicile des client·es permet d’avoir une vision globale du contexte de vie et des difficultés pratiques. Lorsqu’il est question d’alimentation, nous allons nous intéresser à bien plus qu’au contenu de l’assiette et à la santé de la personne. Nous questionnons l’environnement, les proches-aidant·es, le manque de forces pour cuisiner, les difficultés d’approvisionnement, l’hygiène, le contexte des repas, etc. Ces informations deviennent des éléments significatifs transmis dans nos rapports aux médecins ou à des partenaires du réseau socio-sanitaire.
Nous avons aussi la chance de travailler en collaboration avec nos collègues soignant·es et infirmier·ères spécialistes de NOMAD pour accompagner la mise en place des conseils alimentaires prescrits.
5. Comment s'organise concrètement la collaboration avec le·la médecin traitant·e ?
Nous intervenons sur prescription médicale et restons disponibles du lundi au vendredi, de 8h à 17h, pour toute demande ou question liée à la nutrition, sur notre adresse nutrition@nomad-ne.ch.
L’alimentation est un soin important. Les transmissions des éléments spécifiques à notre expertise nutritionnelle contribue à fournir des données cliniques précises aux médecins et autres soignant·es afin de les aider dans leurs décisions.
6. Existe-t-il encore des idées reçues sur la nutrition des personnes âgées ou des patient·es chroniques ?
La banalisation de la perte d’appétit et de la perte de poids sont fréquentes chez les personnes âgées et parfois les soignant·es. La résignation, couplée à l’argument : « c’est normal avec l’âge !» revient aussi malheureusement souvent.
Dans tous les cas, il s’agit d’expliquer les modifications liées à l’âge, d’investiguer les envies d’amélioration et d’individualiser les conseils à mettre en place pour s’alimenter de manière qualitative plutôt que quantitative.
7. Quels sont les signes d'alerte qui devraient inciter un médecin ou son équipe à demander une évaluation nutritionnelle ?
Tout d’abord, ne pas banaliser la situation et investiguer les signes suivants : perte d’appétit, perte de poids et diminution des prises alimentaires. Ces éléments sont intégrés dans le concept de dépistage de la dénutrition que NOMAD a mis en place depuis 2022, via le MNA -SF ®, outil validé scientifiquement.
Plus concrètement, selon les recommandations2, le diagnostic de dénutrition nécessite la présence d’au moins 1 critère phénotypique :
- Perte de poids ≥ 5 % en 1 mois ou ≥ 10 % en 6 mois ou ≥ 10 % par rapport au poids habituel avant le début de la maladie ;
- IMC < 22 kg/m²;
- Sarcopénie confirmée3.
Et 1 critère étiologique :
- Réduction alimentaire de ≥ 50 % pendant plus d’une semaine au mois ;
- Diminution de l’absorption digestive ;
- Situations d’agression (pathologie aigüe, chronique évolutive ou maligne évolutive)
L’évaluation des diététicien·nes apportera des éléments précis pour qualifier la sévérité du diagnostic et apporter d’autres éléments comme des intolérances alimentaires à investiguer, par exemple.
8. Quel message souhaiteriez-vous adresser aux médecins du canton ?
Nos prises en charge les plus valorisantes ces derniers mois ont été le fruit de collaboration interdisciplinaire. A l’image de cette patiente sortie de l’hôpital avec une alimentation entérale et qui, six mois plus tard, a retrouvé son poids de forme après avoir progressivement pu se sevrer de son assistance nutritionnelle en augmentant ses apports per os. Les échanges avec le médecin ainsi que les envois de comptes-rendus nutritionnels ont permis de documenter les propositions et l’évolution de la situation. Apportant ainsi les éléments nécessaires aux décisions médicales.
Participer à la convalescence post-hospitalisation d’une personne ou contribuer à tout autres suivis initiés au domicile avec le soutien du médecin traitant·e et des autres soignant·es est particulièrement enrichissant, gratifiant et souvent plus efficient.
1Association suisse des diététicien-ne-s (SVDE ASDD). (s. d.). Le processus de soins en nutrition (PSN) -FAQ. https://nutri-point.net/wp-content/uploads/2015/10/NCP-FAQ-SVDE_1_2015_F.pdf
2T. Cederholm et al. ESPEN Glim Criteria for the diagnosis of malnutrition. Clinical Nutrition (2018) 1-9 : https://www.espen.org/files/GLIM_criteria.pdf
3Cruz-Jentoft, A.J., Bahat, G., Bauer, J., et al. (2019) Sarcopenia Revised European Consensus on Definition and Diagnosis. Age Ageing, 48, 16-31.